Musée juif de Moscou : Symbole d’ouverture

Le Musée Juif de Moscou, un symbole d’ouverture

LE MONDE GEO ET POLITIQUE – Par Marie Jégo Moscou, correspondante

Situé au nord-est de la capitale russe, le quartier de Marina Rochtcha vit désormais au rythme de la renaissance de la culture juive en Russie.

Le 8 novembre, le président israélien, Shimon Pérès, y a fait le déplacement afin d’inaugurer le nouveau Musée juif et Centre de ta tolérance. « C’est un important témoignage historique des grandeurs de l’homme mais aussi de ses faiblesses », a alors déclaré le chef de l’Etat hébreu. Agé de 89 ans, M. Pérés connaît bien le passé douloureux des juifs de l’Est, étant né lui-même sur le territoire de l’actuelle Biélorussie, avant que sa famille n’émigre en Palestine dans les années 1930.

Impossible de rater le bâtiment du musée, un bijou architectural constructiviste orné d’écritures cyrilliques rouges et comportant six entrées décalées. Le lieu est mythique, il s’agit d’un ancien dépôt d’autobus réalisé en 1926 par les architectes d’avant-garde Konstantin Melnikov et Vladimir Choukhov. Cédés en 1999 par les autorités russes à la communauté juive, les locaux abritaient jusqu’ici Le Garage, un haut lieu de l’art contemporain. Aménagé par le concepteur Ralph Appelbaum, auteur du Musée-Mémorial de l’Holocauste à Washington, l’endroit “réclame l’interactivité des visiteurs » explique Olga Jouravlieva, l’attachée de presse. Un tel concept est révolutionnaire en Russie, où (es gardiennes de musée, véritables cerbères, s’empressent de sauter à la gorge du premier visiteur qui s’enhardit à regarder une toile de trop près.

Au Musée juif, on peut tout faire : visiter un shtetl, cette agglomération juive à part, traduire les mots de la Torah, fréquenter un café d’Odessa, qui fut une grande ville juive d’Ukraine avant la seconde guerre mondiale, tapoter sur une carte interactive pour suivre les parcours de la diaspora. Plusieurs salles retracent la vie des juifs d’un empire à l’autre, tsarîste puis soviétique, avec son cortège de persécutions : pogroms au XIX siècle, purges staliniennes des années 1930, « complot des blouses blanches” après la seconde guerre mondiale – du nom de la campagne menée par Staline contre les médecins juifs -, et aussi les attaques antisémites des années 1950 qui prirent fin avec la mort du ‘Tsar rouge » en mars 1953.

L’exposition évoque notamment le sort tragique des membres du Comité antifasciste juif (CAJ), arrêtés puis assassinés sur ordre de Staline. Un vaste espace enfin est consacré à la Shoah. Les témoignages poignants de juifs soviétiques rescapés du massacre arrachent des lamies aux spectateurs présents.

En tout, treize heures de récits ont été rassemblées qui évoquent le sort tragique des populations juives d’Ukraine, de Biélorussie, de Moldavie, de Russie. Sur les 6 millions de juifs exterminés pendant la seconde guerre mondiale, 3 millions l’ont été sur le territoire de l’Union soviétique par les nazis. La plupart du temps, ils étaient fusillés et jetés dans des fosses communes aux yeux de tous et, bien souvent, avec la participation active des populations locales.

A la fin des années 1980, profitant de la politique d’émigration assouplie, plus de 1 million de juifs ont quitte l’URSS pour s’installer en Israël. D’après le recensement de 2010, il ne reste que 150 000 juifs en Russie, soit 0,11 % de la population. Beaucoup d’émigrés reviennent aujourd’hui en visite et trouvent un tout autre pays, incomparablement plus moderne et plus tolérant, quand bien même chaque 4 novembre, les ultranationalistes font le salut nazi à deux pas du Kremlin.

International